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 The San Francisco Sound

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yardbird
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MessageSujet: The San Francisco Sound   Ven 10 Sep 2010, 20:56

Sentant partir en vrille son excellent topic sur Hot Tuna, Nestor a proposé que nous commencions un topic sur la scène sixties de San Francisco...

Creuset de très nombreux groupes tels que le Jefferson Airplane, le Grateful Dead et bien d'autres, je commencerai pas les précurseurs, The Charlatans.

The Charlatans, un des premiers groupes de cette scène psychédélique émergente.

En 1964, les Charlatans se lancent sur la scène musicale de SF avec un drôle d'attirail fait de country, de blues, de ragtime et de jug band...

Un seul album, quelques singles mais une influence immense sur la seconde moitié des 60s...





Un autre groupe ayant émergé de cette scène et que j'affectionne particulièrement, Country Joe And The Fish





Je ne peux que vous conseiller l'écoute des deux premiers albums, séminaux et lysergiques en diable



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Nestor

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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Ven 10 Sep 2010, 21:36

Merci Yardie Wink

Les Charlatans, clairement les pionniers, mais qui sont passés complètement à côté quand le mouvement a commencé à être bankable, et n'ont (comme souvent les pionniers) récoltés queue dalle de ce qu'ils avaient semé. la faute à ne pas avoir été à SF pile quand ca a explosé (ce se jouait à quelques mois, à l'époque), et aussi un peu à cet immense producteur qu'était Sly Stone, qui pour le coup s'est complètement troué sur leur musique qu'il ne comprenait pas, faisant tout réenregistrer par des musiciens de studio et tuant leur créativité dans l'oeuf...

Et gros + 1 pour Country Joe, pour moi le groupe dont les albums studio sont les plus aboutis de la première vague du SF sound (même le Dead et, dans une moindre mesure, le Jefferson Airplane ont eu du mal en studio à rendre ce qu'ils donnaient sur scène, en grande partie parce que ca n'était pas leur monde et qu'ils se faisaient bouffer par les gens des maisons de disques et les pros des studios qui voyaient d'un assez mauvais oeil ces junkies échevelés et leur musique interminable).

Bass Strings, c'est quand même LA grosse classe lysergique



PS: yard', ca t'intéresse que je reprenne ici mes cahiers de San Francisco commencés pour slappyto, où je les laisse dans le cimetière de là-bas?
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big'
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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Ven 10 Sep 2010, 21:53

yardbird a écrit:
séminaux et lysergiques en diable

C'est beau, mon Yardie. On dirait du Philippe Manoeuvre de la grande époque. Cool



Je vais encore découvrir des trucs, je sens, parce que, à part un peu de Jeff', un peu de Grat' et de Country Fish, je suis largué.

Un petit bouquin que j'avais trouvé très bien fait sur l'ambiance du lieu et de l'époque et sur l'émergence du genre :


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arnochoul
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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Ven 10 Sep 2010, 21:57

tout comme pareil que big', mais sans avoir lu le livre...

Bref, vivement cet hiver pour approfondir tout ça...
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yardbird
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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Ven 10 Sep 2010, 22:07

Nestor a écrit:
PS: yard', ca t'intéresse que je reprenne ici mes cahiers de San Francisco commencés pour slappyto, où je les laisse dans le cimetière de là-bas?

Fais nous pèter ta prose, Nestor Wink

PS : Merci, mon Big' Very Happy
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Nestor

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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Sam 11 Sep 2010, 07:43

Je confirme big', il est très bien ce bouquin (ca doit d'ailleurs être là-dedans qu'ils racontent la genèse de Hot Tuna telle que je l'ai rapportée sur le topic idoine, si ma mémoire est bonne). Dans la catégorie lecture, je conseille aussi les mémoires du grand photographe francais Alain Dister, qui s'est retrouvé à 25 ans dans l'oeil du cyclone Haight-Ashbury; ca offre une vision très vivante des choses, vues de l'intérieur.



(je vais essayer de remettre la main dessus, yard', en espérant qua ca n'ait pas trop mal vieilli Laughing )
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yardbird
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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Sam 11 Sep 2010, 08:00

Je te fais confiance, Nestor Very Happy
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Wonder B

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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Sam 11 Sep 2010, 09:14

Faut pas oublier qu'à San Francisco en dehors du Psychedelic Sound il y avait aussi un bouillonnement musical de fusion Funk/Latino en parallèle...
Genre TOWER OF POWER (première période avec Lenny Williams mortel!)


Lydia PENSE & COLD BLOOD (vidéo live relativement récente mais ils sont contemporains de ToP) (ils enregistrèrent sur le label SAN FRANCISCO tout comme le premier LP de TOWER OF POWER)


Aussi les très méconnus (par ici) SONS OF CHAMPLIN (j'ai 4 albums y'en a peut-être plus)


Je ne parle pas de MAZE qui bien qu'étant originaire de la côte Est a emmigré à SF où ils se sont fixés et où Marvin Gaye les as repérés et les a lancés...

Plus tard il y a eu les gros groupes de Funk pur comme l'excellent PERFECT CIRCLE (un seul album mais une bombe atomique)



Où le funk flamboyant et travesti de SYLVESTER mais là on s'éloigne de l'origine du post!!!
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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Sam 11 Sep 2010, 14:05

Ouaip, mais sauf erreur de ma part, l'appellation "San Francisco Sound" concerne seulement les groupes psyché' fin '60 début '70. Donc, même T.O.P. est un peu H.S., non ? Wink

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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Sam 11 Sep 2010, 14:28

Cépafo... Laughing
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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Lun 13 Sep 2010, 07:22

le premier ToP est de 70 (East Bay Grease) si je ne me gourre pas... LOL Juste à temps pour être inclus alors...? LOL
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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Lun 13 Sep 2010, 07:28

C'est dans la période, no souci, mais c'est pas dans le champ de l'AOC. Wink

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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Lun 13 Sep 2010, 07:38

ok ok forgive me!
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yardbird
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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Lun 13 Sep 2010, 08:02

Pas de problème, Wonder Wink

Bon, allez, je relance avec l'un des groupes les plus emblématiques du SF Sound, The Jefferson Airplane... Lui aussi, il mériterait son topic...

Deux morceaux phénoménaux!



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Phil

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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Lun 13 Sep 2010, 09:39

Yard, on (tu) pourrait aussi parler de Quicksilver Messenger Service et Moby Grape, pour citer les plus connus.

Je te fais confiance !
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bajito

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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Lun 13 Sep 2010, 09:49

Jefferson !!!! sunny
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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Lun 13 Sep 2010, 10:05

Je m'y mets Wink
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yardbird
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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Mar 14 Sep 2010, 08:20

Hop, piqure de rappel sur deux autres groupes de SF ayant eu une influence majeure sur la musique rock...

Tout d'abord, Moby Grape. Le groupe a réussi à allier les harmonies vocales des Byrds aux cavalcades guitaristiques du Quicksilver Messenger Service ou du Grateful Dead.

A son origine, Skip Spence, entre autres, batteur du Jefferson Airplane sur leur premier album "Takes off" qui endossera le rôle de lead guitar dans Moby Grape.

Le fait d'avoir trois lead guitars ne pouvaient qu'aider le groupe, bien sur...

Je m'arrèterai au premier album de 1967 qui est, pour moi, la quintessence de l'univers de Moby Grape.



Pour info, le majeur de Jerry Miller sur le washboard fut rapidement censuré et une retouche fit disparaître ce geste... "disgracieux".

Moby Grape, sur cet album, fit feu de toutes ses influences. Rock, blues, folk rock, un kaléidoscope des différentes scènes musicales que les musiciens avaient pu connaître dans leurs différentes incarnations musicales.

Leur titre le plus connu, Omaha



Come in the morning, très blue-eyed soul



Le folk rock délicat de 8:05



Suite à cet album, la consommation de LSD de Skip Spence va prendre des proportions telles qu'il va vouloir dézinguer le batteur, Don Stevenson, à coups de hache d'incendie puis ensuite tenter un vol plané du 52ème étage de l'immeuble CBS...

Le succès ne sera jamais au rendez vous et la scoumoune sera toujours sur les traces de Moby Grape...

Skip Spence, totalement détruit par le LSD, réalisera un seul et unique album, Oar. Véritable descente aux enfers musicale, le disque reste un OVNI du rock'n'roll... D'une beauté froide, reflet d'un homme détruit qui ne reviendra jamais sur le même plan de réalité que le commun des mortels...



Spence sera l'un des plus grands cramés du rock, à l'égal de Syd Barrett ou de Roky Erickson du 13thFloor Elevators



Autre groupe de la scène de SF, Quicksilver Messenger Service.

Là encore, je m'arrêterai aux deux premiers albums (Phil, si tu passes par là, je te laisse la main Wink)

Groupe à guitares aux influences jazz voire classique, le groupe a acquis un succès certain, au contraire des innombrables groupes de SF.

Et sa longévité le prouve, QMS ayant terminé sa carrière en 1979.

QMS sortira son premier album éponyme en 1968 et Happy Trails, son deuxième album en 1969. Les guitares complémentaires de Gary Duncan et John Cipollina feront merveille dès leurs débuts





Happy Trails sera enregistré, en grande partie, en live au Fillmore East et West. Sur la face A, on trouve la longue suite Who do you love sur laquelle le groupe jamme sur le morceau de Bo Diddley.











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Nestor

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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Mar 14 Sep 2010, 08:58

(puisque j'avais dit que j'irais les repêcher... Embarassed )

Tonton Nestor raconte: San Francisco, Take 1: l'horticulteur de Mexico

Tant qu'à commencer par quelque chose, autant que ce soit par le commencement, c'est outrageusement réactionnaire mais il n'y a pas de bonne révolution sans un solide point de départ à culbuter, gaillard, et le chibre au vent.

…Et donc au commencement était l'Ennui. L'Ennui froid, gris, mortel et prude d'une Amérique qui avait triomphé de la Bête Immonde, et partant gagné le droit de ne plus s'interroger sur ses propres valeurs – d'autant plus qu'un nouveau combat contre la Bête Immonde, rouge cette fois, se profilait aux braves Héros de la Liberté. Jusqu'ici tout va bien. Sauf que des filles et des fils de l'Amérique, les petits salopiots, se permettent d'en avoir rien à foutre du bel idéal américain, mormon jusqu'au bout des ongles, et veulent juste baiser et se défoncer la tête. C'est de leur âge, mais c'est mal, et le rock'n'roll des fifties est déjà passé par là. Ce qui va changer cette fois, c'est que les principaux instigateurs sont des salopards d'agitateurs intellos qui savent lire, et même écrire. Car oui, la base du psyché, elle est dans les livres et dans les labos…
Dans les livres d'une part, avec les Nègres Blancs, les romanciers et poètes beat des années 50. Biens sûr, eux leur came c'est le jazz noir, le bop, be- puis surtout hard-, mais rien qu'en ça, ces fils de l'Amérique blanche ont franchi la ligne rouge. Et en aspirant à ne rien branler d'autre que de traverser le grandiose décor américain défoncés jusqu'à la moelle plutôt que de bosser chez GM, ils vont créer une brèche: la contre-culture, la société parallèle, la vraie vie est ailleurs, man… Et comme c'est pas des blaireaux, ils nourriront ça d'Europe, un peu de surréalisme, beaucoup de poètes maudits, et voilà Artaud qui débarque, et avec lui les drogues ancestrales du Mexique païen qui serviront de point de fixation à l'errance beatnik (Michaux est aussi dans le coup à ce moment-là, mais je ne sache pas qu'il ait influencé directement le mouvement beat…)

Et donc pause, avec ce génie d'Artaud, junkie jubilatoire, classé fou, explosé aux électrodes par la médecine de son temps, mais libre jusqu'à la mort, et capable de dire merde aux cons comme personne.

Monsieur le législateur,

Monsieur le législateur de la loi de 1916, agrémentée du décret de juillet 1917 sur les stupéfiants, tu es un con
Ta loi ne sert qu’à embêter la pharmacie mondiale sans profit pour l’étiage toxicomanique de la nation
parce que
1° Le nombre des toxicomanes qui s’approvisionnent chez le pharmacien est infime;
2° Les vrais toxicomanes ne s’approvisionnent pas chez le pharmacien;
3° Les toxicomanes qui s’approvisionnent chez le pharmacien sont tous des malades;
4° Le nombre des toxicomanes malades est infime par rapport à celui des toxicomanes voluptueux;
5° Les restrictions pharmaceutiques de la drogue ne gêneront jamais les toxicomanes voluptueux et organisés;
6° Il y aura toujours des fraudeurs;
7° Il y aura toujours des toxicomanes par vice de forme, par passion;
8° Les toxicomanes malades ont sur la société un droit imprescriptible, qui est qu’on leur foute la paix.
C’est avant tout une question de conscience.
la loi sur les stupéfiants met entre les mains de l’inspecteur-usurpateur de la santé publique le droit de disposer de la douleur des hommes; c’est une prétention singulière de la médecine moderne que de vouloir dicter ses devoirs à la conscience de chacun.
Tous les bêlements de la charte officielle sont sans pouvoir d’action contre ce fait de conscience : à savoir, que, plus encore que de la mort, je suis le maître de ma douleur. Tout homme est juge, et juge exclusif, de la quantité de douleur physique, ou encore de vacuité mentale qu’il peut honnêtement supporter.

Lucidité ou non lucidité, il y a une lucidité que nulle maladie ne m’enlèvera jamais, c’est celle qui me dicte le sentiment de ma vie physique. Et si j’ai perdu ma lucidité, la médecine n’a qu’une chose à faire, c’est de me donner les substances qui me permettent de recouvrer l’usage de cette lucidité.
Messieurs les dictateurs de l’école pharmaceutique de France, vous êtes des cuistres rognés : il y a une chose que vous devriez mieux mesurer; c’est que l’opium est cette imprescriptible et impérieuse substance qui permet de rentrer dans la vie de leur âme à ceux qui ont eu le malheur de l’avoir perdue.
Il y a un mal contre lequel l’opium est souverain et ce mal s’appelle l’Angoisse, dans sa forme mentale, médicinale, physiologique, logique ou pharmaceutique, comme vous voudrez.

L’Angoisse qui fait les fous.
L’Angoisse qui fait les suicidés.
L’Angoisse qui fait les damnés.
L’Angoisse que la médecine ne connaît pas.
L’Angoisse que votre docteur n’entend pas.
L’Angoisse qui lèse la vie.
L’Angoisse qui pince la corde ombilical de la vie.
Par votre loi inique vous mettez entre les mains de gens en qui je n’ai aucune espèce de confiance, cons en médecine, pharmaciens en fumier, juges en mal-façon, docteurs, sages-femmes, inspecteurs-doctoraux, le droit de disposer de mon angoisse, d’une angoisse en moi aussi fine que les aiguilles de toutes les boussoles de l’enfer.
Tremblement du corps ou de l’âme, il n’existe pas de sismographe humain qui permette à qui me regarde d’arriver à une évaluation de ma douleur plus précise, que celle, foudroyante, de mon esprit!

Toute la science hasardeuse des hommes n’est pas supérieure à la connaissance immédiate que je puis avoir de mon être. Je suis seul juge de ce qui est en moi.
Rentrez dans vos greniers, médicales punaises, et toi aussi, Monsieur le Législateur Moutonnier, ce n’est pas par amour des hommes que tu délires, c’est par tradition d’imbécilité. Ton ignorance de ce que c’est qu’un homme n’a d’égale que ta sottise à le limiter.
Je te souhaite que ta loi retombe sur ton père, ta mère, ta femme, tes enfants, et toute ta postérité. Et maintenant avale ta loi.

Antonin Artaud, L’Ombilic des Limbes, Poésie-Gallimard


Et surtout, pour ce qui nous concerne, fin connaisseur des drogues sacrées des Mexicains:


(suite au prochain numéro)

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arnochoul
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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Mar 14 Sep 2010, 09:11

Shocked

eh bé...

Je suis suspendu à tes lèvres...

... vivement le prochain n°!
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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Mar 14 Sep 2010, 09:24

(Merci arno ! La suite arrive, faut juste que j'arrive à les retrouver dans les méandres de slappyto, et que je fasse un brin de ménage Wink )

Tonton Nestor raconte: San Francisco, Take 2: le cri de la chouette

1955. 13 octobre 1955 pour être précis et chiant comme un docteur en histoire diplômé de l'Université, mais à la base je vous zute, peace and love.

North Beach, San Francisco, pas très loin à l'époque du trou du cul du monde, une poignée de poètes vient lire ses œuvres. Nihil novi sub sole, me direz-vous, 3-4 poètes, une poignée de rombières, le tout-venant des futures profs de lettres éventuellement baisables, mais alors par erreur, la routine quoi… Sauf que là, la routine déraille. Déjà, y'a 6 poètes, mais ça, bon… Surtout, ça vire à l'émeute. Rombières, étudiantes, voire même étudiants aux mœurs douteuses qui préfèrent la poésie au football (celui avec quaterback et ballon ovale, on est pas des tafioles, on est en Amérique), tout ce petit monde se retrouve en transe comme à un concert d'Elvis (on y reviendra). Responsable du bordel (que Kerouac, excusez du peu, décrira sobrement comme "la Renaissance de la Poésie à San Francisco")? Un beatnik de 28 ans, pas encore la barbe crasseuse mais déjà William Blake en bandouillière.

Pour les jeunes gens égarés sur ce topic, William Blake est un poète et peintre anglais pré-romantique (fin 18e-début 19e), qui eut un jour l'illumination (pas très catholique, ni même anglicane), sous l'influence de substances que la critique littéraire tait aux hypokhâgneuses, d'écrire, dans Le mariage du ciel et de l'enfer, " If the doors of perception were cleaned every thing would appear to man as it is, infinite" Soit: " Si les portes de la perception étaient nettoyées, chaque chose apparaîtrait à l'homme comme elle est: infinie."

On n'imagine pas les ravages que peuvent faire les conneries d'un poète mort sur des esprits influençables… Pus de 150 ans plus tard, notre poète, qui répond quand on l'appelle au nom d'Allen Ginsberg, écrivait un poème "blakéen", Howl, le récitait à North Beach et déclenchait l'hystérie à Frisco. La révolution était en marche, maaan , mais elle ne le savait même pas.




(la suite au prochain épisode, tu crois quoi? )

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yardbird
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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Mar 14 Sep 2010, 09:27

Je lis tranquillement ta prose, ce soir, Nestor.

Je pense que je vais apprécier Wink
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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Mar 14 Sep 2010, 09:39

Tonton Nestor raconte: San Francisco, take 3: le bout de la route

La performance de Howl en 1955 crée le mythe beat par excellence, celui de la Bay Area, San Francisco et North Beach, que les poètes beat ont transformé en une espèce d'image d'Epinal en réminiscence d'un Montmartre début de siècle fantasmé, avec des coffee-houses où se pressent les poètes, célèbres ou non, pour déclamer de grandes envolées furieuses où résonnent les échos de Baudelaire et Whitman. Une ville de poètes, d'artistes, de romanciers, un bout d'Europe à flanc d'Amérique avec ses petites maisons en bois qui s'entremêlent au flanc des coteaux, avec le Pacifique en ligne d'horizon… Le phénomène, de marginal dans la première moitié des années 1950, explose en 1957, avec la publication du Sur la Route de Kerouac, road-novel halluciné qui se termine précisement à Frisco, où Kerouac et sa femme, mais aussi Ginsberg ou Neal Cassady (le "héros" Dan de Sur la route), se sont installés. Pour des milliers de jeunes Américains, c'est la révélation tant attendue: il existe un ailleurs où l'on peut vivre (et se défoncer) libre, loin de l'oppressant puritanisme de la société américaine des 50's. La migration des beatniks, ces anti-héros absolus de l'Amérique, qui se définissent eux-mêmes comme des battus d'avance ('to beat'), mais aussi des adeptes dy rythme (beat) et de la béatitude, aux antipodes des 30 glorieuses travailleuses et consuméristes qui battent alors leur plein.

La drogue joue un rôle, essentiellement la marijuana, même si les expériences avec les drogues mexicaines commencent à ce moment-là: en 1954, Huxley, même s'il n'est pas beatnik, publie The Doors of Perception, d'après le poème de Blake déjà mentionné, qui narre son expérience de la mescaline. L'Amérique découvre les joies des psychotropes, par livre interposé, mais forcément, y'en a que ça va titiller…

La littérature joue le rôle premier dans cette scène, mais la musique n'est pas en reste: pour les beatniks de la première génération, écrire se veut le miroir d'une musique (le 'beat', encore), une musique de noirs à laquelle des petits blancs comme eux ne devraient pas avoir accès, le be-bop, puis le hard-bop. Rarement musiciens eux-mêmes, ils se pressent aux sets de musiciens noirs comme Miles Davis, John Coltrane ou Lester Young, auxquels ils mêlent parfois leurs incantations poétiques. Pour les Boppeurs noirs, ce sont avant tout des petits blancs qui se la pètent, entre eux ils ont même un qualificatif désobligeant pour les désigner: ce sont des "hippies" (de "hip", le truc à la mode, des branchouilles quoi) Le terme ne sortira pas du jargon. Pas encore…

Miles and Trane:


Pour les beatniks de la deuxième vague, qui commencent à arriver au tout début des 60's, ramassis d'étudiants ou de jeunes blancs un peu paumés qui viennent s'échouer à North Beach, la musique, la vraie, la seule qui vaille le coup, c'est pas le jazz, mais le folk, celui de Pete Seeger et Woody Guthrie. Sous leur influence, North Beach devient le pendant pacifique du Greenwich Village, où sensiblement au même moment un blanc-bec un rien mythomane, né Robert Allen Zimmerman mais rebaptisé pour l'occasion Bob Dylan, fait ses armes. La scène locale, à San Francisco, fait se croiser ces gamins, âgés de 16 à 20 ans, qui jouent ensemble dans les coffee-houses de North Beach: on y croise ainsi Paul Kantner (g), David Freiberg (g à l'époque je crois), le finger-picker virtuose Jorma "Jerry" Kaukonen, adepte du folk et du blues à la 'Blind Reverend' Gary Davis, ou encore le banjoiste, lui aussi virtuose, Jerry Garcia, qui se taille une sérieuse réputation dans le blue-grass. Certains sont plus orientés blues, comme le pinaiste Ron McKernan (aka Pigpen), ou une chanteuse un peu moche et complétement allumée au Southern Comfort et aux métamphétamines, fraîchement débarquée de son Texas natal, Janis Joplin.


Woody Guthrie:


Pete Seeger:


Blind Gary Davis:


… et un early Dylan, pour le plaisir:


L'avantage du folk, c'est que ça ne pardonne rien, et que la scène est alors hyper élitiste et pointue. Tous les musiciens qui en sortiront seront, sans exception, des pointures en matière d'instrumentation. Ce bagage technique, et le goût des lettres de ces jeunes qui, pour la plupart, ont commencé comme étudiants issus de la Upper Middle Claas, les distingue dès l'abord du rock garage alors en pleine explosion dans les suburbs de l'Amérique des 30 glorieuses, musique jubilatoire des prolos et de la Lower Middle Class, comme deux mondes qui se tournent le dos officiellement mais se pompent en réalité éhontément l'un l'autre. Mais ca, c'est pour le prochain numéro, qui risque de tarder parce qu'il faut que l'écrive en entier celui-là... Wink



Dernière édition par Nestor le Mar 14 Sep 2010, 09:44, édité 2 fois
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Nestor

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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Mar 14 Sep 2010, 09:42

yardbird a écrit:
Je lis tranquillement ta prose, ce soir, Nestor.

Je pense que je vais apprécier Wink

Merci yard' Wink


... mais vu que tu connais ca bien mieux que moi, et surtout vu que j'ai choisi d'avoir un point de vue éminemment subjectif d'où ne seront absents ni la mauvaise foi, ni le parti-pris, n'hésite pas à critiquer et à exprimer ton désaccord Laughing
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yardbird
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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   Mar 14 Sep 2010, 09:54

OK, ça roule.
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MessageSujet: Re: The San Francisco Sound   

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The San Francisco Sound
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