AccueilCalendrierFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 The West Side Sound

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Bloomers

avatar

Messages : 51
Date d'inscription : 13/08/2015
Age : 42

MessageSujet: The West Side Sound    Ven 21 Aoû 2015, 05:44


En 1940, deux quartiers de Chicago étaient majoritairement peuplés de Noirs : la Black Belt et le Near West Side autour de Lake Street et Roosevelt Road. L’explosion migratoire provoque une expansion de ces quartiers ainsi que leur ghettoïsation affirmée (c.-à-d. un peuplement noir homogène, sans mélange avec d’autres communautés pauvres).
Entre 1950-58, une nouvelle flambée démographique noire, due cette fois plus aux naissances qu’a l’immigration, entraîne le sur-congestionnement du South Side qui atteint le lac Michigan. Ainsi que la confirmation d’un deuxième grand ghetto, le West Side, qui englobe l’ancien quartier Juif, tandis que les Israelites ont désormais acquis les moyens de gagner les faubourgs plus bourgeois.

C'est donc dans un contexte désastreux, le West Side est un des ghetto les plus dangereux et pauvres de Chicago (insécurité, surpeuplement, niveau de vie misérable ) que va se développer, au milieux des années 50, un nouveau et dernier style de Blues propre à Chicago : Le West Side Sound.

Si Muddy Waters et Howlin’ Wolf étaient les « patrons » incontestés du blues de Chicago, leur popularité extérieure ne s’étaient jamais vraiment exercée que sur leurs territoires d’origine : Memphis et le sud profond. Les autres grands noms du blues avaient adoptés une approche très différente, empreintes de manières venues du jazz, du rhythm & blues, voire du gospel et de l’ambiance classieuse des grands orchestres de cuivres.

Le style de B.B. King, avec guitare soliste et cuivres, chant déclamatoire, inspirait les jeunes noirs des ghettos de Chicago autant que celui de Muddy Waters. Il représentait, en outre, une aspiration à une modernité urbaine.
Le style « West Side » est en fait un mariage du jeu de BB King avec une introduction plus marqué des sonorités venu du gospel et le chicago blues de Muddy Waters désormais traditionnel...

C'est le label Cobra d'Eli Toscano avec l'appui précieux de l'incontournable Willie Dixon qui vont symboliser ce nouveau style. Fondé en 1956, le label Cobra révèle trois nouvelles vedettes du Chicago blues: Otis Rush, Magic Sam et Buddy Guy.
Malheureusement, l’histoire de ce label mythique sera de courte durée, le patron Elie Toscano étant retrouvé noyé dans le lac Michigan (avec un bloc de béton coulé aux chevilles !) en 1959: c'est la fin du label Cobra mais pas du West Side Sound, Willie Dixon retournant alors chez Chess, emmenant avec lui Otis Rush et Buddy Guy...

Les chanteurs/guitaristes Magic Sam, Otis Rush et Buddy Guy sont les noms les plus connus de ce West Side Sound... Mais il faudrait aussi citer Fenton Robinson, Mighty Joe Young, Jimmy Dawkins, d'une certaine façon Earl Hooker voir Eddie Clearwater... Et plus tard, Magic Slim, Eddie C. Campbell ou Jimmy Johnson...


Né le 29 avril 1934 dans le Mississippi mais très tôt venu à Chicago, Otis Rush commence à jouer de la guitare sous l’influence de B.B. King et adapte ce style à l’atmosphère tendue et dramatique du Chicago Blues.
Avec son chant déclamatoire et théâtral, une utilisation fréquente du mode mineur, des solos incroyablement expressifs, il crée un style personnel à son image : taciturne, introverti, pessimiste et désespéré.
Otis Rush obtient son seul succès en 1956 pour le label Cobra avec "I Can’t Quit You, Baby" un titre composé et produit par le génial Willie Dixon.
En quelques années, Rush enregistre pour le label Cobra une œuvre magnifique avec des sommets comme "All Your Love (I Miss Loving)", "My Love Will Never Die", "Double Trouble", "It Takes Time"... mais les ventes ne suivent pas.
Après l’assassinat de Toscano, Otis Rush suivra Willie Dixon chez Chess où il enregistrera quelques très beaux titres sur la compilation "Door To Door".
En 1966, quelques classiques de Rush figurent sur le premier volume de la compilation "Chicago The Blues Today" (Vanguard) produite par Sam Charters et la même année, participe à la tournée de l’ American Folk Blues Festival.
Artiste maudit comparé à son vieux rival Buddy Guy qui réussit à faire une carrière de star, Rush végète de label en label incapable de s’imposer, il s'est retiré en 2004 après un infarctus.


Le second grand créateur du West Side est sans nul doute Magic Sam. Né le 14 février 1937 à Grenada dans le Mississippi, Magic Sam laisse une production mince mais flamboyante, une des plus parfaites de l’histoire du blues.
Samuel Maghett arrive à Chicago à l’âge de 13 ans, déjà chanteur et guitariste, il est pris en charge par son oncle, l’harmoniciste Shakey Jake.
Sam a des goûts éclectiques : rhythm & blues, country music, gospel, blues. Son oncle et lui mettent au point une nouvelle forme de blues qui mélange le Chicago blues de Muddy Waters avec la ferveur du gospel, la guitare texano-californienne et une utilisation forte des gammes mineures.
Magic Sam enregistre pour Cobra dès 1957. "All Your Love" suivi de "Easy Baby" sont ses premiers succès, qui lancèrent dans la foulée le West Side Sound à Chicago.
Mais ce vedettariat est éphémère. Incorporé par l’armé, il déserte, est arrêté et condamné à six mois de prison.
Quand il revient à Chicago, le mouvement qu’il a fondé n’est plus, il enregistre encore pour Chief Records mais glisse dans l’obscurité.
De 1960 à 67, il joue dans des clubs misérables. Le producteur Bob Koester est contacté par Shakey Jake pour relancer la carrière de son neveu.
En 1967 Koester édite quelques beaux titres de Magic Sam sur l’Anthologie "Sweet Home Chicago" (Delmark) puis décide de confectionner un album complet. Ce sera l’excellent "West Side Soul", suivi par l’exceptionnel "Black Magic", deux disques incontournables du blues moderne.
En 1969, Magic Sam reste très actif, il fait partie de la tournée européenne de l’American Folk Blues Festival, il s’illustre également au festival de Ann Arbord, il a même en perspective un disque avec John Mayall à la production. Hélas, une crise cardiaque l’emporte à la fin de l’année.


On passe à Buddy Guy, le plus célèbre chanteur/guitariste du West Side Sound.
Né le 20 juin 1936 à Lettsworth en Louisiane, Buddy Guy a d’abord commencé dans son patelin à jouer du Swamp Blues dans l’orchestre de Rufus Neal. Il gagne Chicago en 1957 et rencontre Magic Sam et Otis Rush, alors en train de se démarquer du Chicago Blues de l’après-guerre.
Mais Buddy Guy est avant tout un styliste très original et complet (des trois, il est le seul à maîtriser la guitare acoustique) il sait créer en quelques secondes une atmosphère tendue par une rythmique oppressante et un chant hyper dramatique, comme soulagé par les éclairs virtuoses et très expressifs de ses solos de guitares.
Buddy enregistre seulement deux 45 tours pour Cobra en 1958 mais c’est déjà assez pour le faire remarquer par Chess qui profite de la fermeture soudaine de Cobra pour l’engager comme guitariste maison... Il participe dès lors à d’innombrables séances d’enregistrements pour le compte de Muddy Waters, Big Walter Horton, Robert Nighthawk, Sonny Boy Williamson... tout en gravant sous son nom, entre 1960 et 1965, une première œuvre importante.
A partir de 1965, Buddy s’associe avec le chanteur/harmoniciste Junior Wells, achète un club à Chicago et effectue de nombreuses tournées en Europe, en Afrique ou en Asie.
Mention spéciale pour l’album "Hoodoo Man Blues" (Delmark) : Presque Jazz dans sa verve, sa liberté, cet album est en fait un des premiers enregistrements d’un groupe de Chicago Blues tels que le pratiquaient ces turbulents musiciens lorsque les patrons leur laissaient la bride sur le cou. Notons également que la meilleur section rythmique de l’époque est présente, Jack Myers à la basse et Billy Waren à la batterie.
Malgré des moments de doutes et la mort de son compère Junior Wells en 1998, Buddy Guy est resté un des meilleurs représentants actifs du blues, il sort encore régulièrement des disques et se produit partout dans le monde.

Discographie sélective :

Otis Rush “The Essential – The Classic Cobra Recordings” 1956-58 (Fuel)
Magic Sam “With A Feeling – The Complete Cobra-Chief & Crash Recordings” 1957-58 (Fuel)
Magic Sam “West Side Blues” 1967 (Delmark)
Magic Sam “Black Magic” 1968 (Delmark)
Buddy Guy “Southern Blues” 1957-63 (Paula)
Junior Wells & Buddy Guy “Hoodoo Man Blues” (Delmark)
Various Artist “Chicago The Blues Today” 1965 (Vanguard)
Various Artist “Sweet Home Chicago” 1968 (Delmark)

La qualité artistique du West Side Sound est fantastique : "All Your Love", "My Love Will Never Die" par Magic Sam, "Double Trouble", "All Your Love (I Miss Loving)", "I Can't Quit You Baby" par Otis Rush, par exemples, demeurent parmi les chef d'oeuvres blues de l'après guerre.





Sur le plan commercial, par contre, l'echec est cuisant !
A part "I Can't Quit You Baby" de Otis Rush, tout le reste ne vend très mal... le blues à Chicago comme ailleurs, rencontre de moins en moins les faveurs des jeunes noirs qui se tournent désormais vers la soul...

Mais l'impact de ces jeunes guitaristes sera considérable sur des jeunes musiciens européens comme Eric Clapton, Peter Green, Rory Gallagher et sur des américains blancs tel que Mike Bloomfield, Roy Buchanan...

Source : La Grande Encyclopédie du Blues
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
The West Side Sound
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» West Side Story suite de Leonard Bernstein
» The West Side Sound
» Soeurs Labèque
» Déclarations du chorégraphe Wade Robson
» Les compositeurs nord-américains

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: MUSIQUE VINTAGE (1950-1990) :: JAZZ / BLUES-
Sauter vers: