Je vous ai écouté et je me lance à vous parler de François De Roubaix.
Par où commencer,puisque tout a déjà été dit sur lui !
Sauf peut-être que Yardie aurait pu être son gendre .

Patricia,qui fait un travail remarquable pour faire connaitre l'oeuvre de son père.
L'importance des amis ,sa bande de copains,du cocon familial,son père Paul, producteur de films pour qui il travaille comme assistant et qui lui présentera Robert Enrico et tout démarre pour ce musicien de génie.
Une comète dans le monde de la musique de films ,10 ans séparent sa première BOF de la dernière (Le Vieux Fusil) puisqu'il meurt d'un accident de plongée en 1975 à l'age de 36 ans.
Le cinéma,la musique,la plongée sous-marine,les copains.Quatre passions qu'il vit à fond.
Il commence la musique vers 15 ans,son père l'initie au Jazz qu'il affectionnera toute sa vie ( ses fameux boeufs dans son appartement rue de Courcelles entre amis) même si curieusement cela ne transparaitra jamais dans sa musique.


2ème en partant de la gauche,au trombone.
Tout le monde connait son sens de la mélodie,sa signature sonore qui fait qu'on reconnait instantanément une de ses compositions.
Audaces harmoniques,superpositions ryhtmiques,mélange d'ocarina et de synthés...
Il a été un des premiers à utiliser le synthétiseur,à installer un studio d'enregistrement 8 pistes dans son appartement etc....


Tout a été dit sur sa technique d'enregistrement,le re-recording,le matériel utilisé ,et à vrai dire je m'en fous un peu du coté technique.
J'ai la liste du matériel et des instruments si ça vous interresse .
La mine éternellement jeune avec ses cheveux long et sa barbe,il n'avait pas l'allure ni la notorieté d'un Morricone ou d'un Schifrin ,c'est certain .

Avec son père.
Sous des faux airs de baba-cool,c'était un bosseur acharné,capable de passer une nuit entière dans son appartement studio .
En fait,il n'a rien inventé mais il a eu l'impertinence de faire des choses qui ne se faisaient pas à son époque.
Pionnier du mélange de sons acoustiques et électroniques ,sans à priori dans sa démarche de créateur.Il osait simplement.
Pas de grands orchestres symphoniques dans ses thèmes,ni d'arrangements conventionnels mais de l'audace qui lui faisait jouer du trombone en faisant défiler au ralenti la bande d'enregistrement par exemple .
Il trafique les instruments,les démonte.Enregistre sous l'eau...

La fin des années 60 marquent un changement dans le cinéma à part entière avec la nouvelle vague et des réalisateurs qui vont faire appel à de nouveaux compositeurs .
Finies les envolées lyriques de Jarre,place à Delerue,Magne et consorts ,qui ont tous de solides bases de conservatoire paradoxalement.
Pas d'études de conservatoire pour De Roubaix ,ni de direction d'orchestre mais il en était capable,mais à sa sauce .
Capable de créer des sons à partir de n'importe quoi,de jouer lui même de tous les instruments qu'il affectionnait au point de les collectionner et de les exposer sur ses murs à coté de son piano à queue.

En dehors de la BOF proprement dite,il crée des sons avec ses synthés qui seront ajoutés au film pour donner un plus à des scènes importantes ( bruits des lance-flammes dans Le Vieux Fusil ).
Il joue de tout,siffle,invente des sons,improvise des instruments de fortune en tapant sur tout ce qu'il trouve autour de lui.
Ce qui le caractèrise à mon sens,c'est l'absence d'a priori ,une certaine impertinence et ce don de mélanger les sons.
1973 marque un coup d'arrêt dans sa collaboration avec le cinéma.
Enrico qui lui avait confié sa première BOF lui préfère Morricone par exemple et d'autres realisateurs se détournent de lui.
Il doit alors se tourner vers la télévision (Les chevaliers du ciel par exemple ) la variété ou la publicité.
Avec plus ou moins de succés
Toujours avec sa personnalité .
Chapi Chapo ,piano bastringue ,claquettes,synthés en boucle et bruits divers en soufflant dans tout ce qu'il trouve.
En 74 ,Josée Dayan lui consacre un reportage de 26 mn ,où on le voit parler de son métier,composer devant la caméra.
http://www.francoisderoubaix.com/media/video/day3-256.rm
1975 et sa dernière BOF pour Le Vieux Fusil qui lui redonne une certaine notoriété qu'il avait perdu.
Et puis cette plongée de nuit dans une grotte aux Canaries ,où il prenait des photos pour un livre à paraitre.
C'est son père qui viendra chercher son César,le premier César de musique de film.
Lui qui avait débroussailler l'usage du synthé avec des machines qui nous paraitraient bien dérisoires aujourd'hui (les générateurs de fréquence ), serait certainement surpris de voir l'évolution de la musique de film et du matériel qui l'accompagne de nos jours.
Qu'en aurait-il fait ,c'est toute la question.Aurait-il évolué ,changé de style ?
Certaines de ses compositions peuvent faire sourire aujourd'hui tellement elles sont datées,mais en tout cas je ne pourrais pas citer un compositeur actuel qui a pris sa place.
Beaucoup s'amusent aujourd'hui à rechercher les artistes qui l'ont samplé dans leur chansons.
Parmi les innombrables enregistrements de BOF,pas toujours faciles à trouver même si le CD a apporté du mieux ,je conseillerais ce CD :

http://www.francoisderoubaix.com/disco/pag/10ans.htm
Un petit livret avec beaucoup de témoignages de proches (Enrico,Giovanni,Boisset,Pierre Richard),un résumé de sa carrière avec tous les standarts et autre inédits.
Et puis la bible,sa biographie écrite par Gilles Loison et Laurent Dubois : François de Roubaix, Charmeur d'émotions parue en 2006 aux éditions Chapitre Douze.
Sublime livre en coffret de 600 pages et de 4 kg,avec CD et DVD.

Il faut le voir pour le croire,ce bouquin est fantastique.
Voilà ,il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur François De Roubaix .